BREST – MENTON : Ou comment passer de la crêpe à la saucisse à la pissaladière… ( 23 au 26 Juin 2010 )


Participants :

BELLAMY Jean Claude

PAULMIER Francis

GAUTHIER Gérard


Si je vous parle d’un melon abandonné volontairement par un cycliste, qui finit par être dévoré par un autre cycliste (pas le cycliste, le melon), des sandales de l’abbé Pierre, de bêtes à cornes jouant à la roulette russe, je vois déjà poindre l’inquiétude du lecteur.

Si je poursuis en évoquant Clemenceau (pas le bateau, l’illustre homme d’état), la crêpe à la saucisse, mon beau frère et sa sœur qui par ailleurs se trouve être mon épouse, les acclamations d’une foule en délire, et affirme que tout cela a bien existé dans une seule et même histoire, vous vous demanderez à juste titre si le narrateur jouit encore de toutes ses facultés mentales.

Et pourtant, le lien existe, ça s’appelle une diagonale, celle que d’aucuns nomment la royale j’ai nommé « Brest – Menton ».


1° jour : Brest - Cande ; 327 km – 2470 m de dénivelée

Pour le trio, la diagonale commence par une nuit d’été à Brest, ville éventrée par les travaux du tramway.

Sur cette même route, Christian notre initiateur en diagonale, parti la veille au soir en solitaire nous devance.

C’est le début d’une longue poursuite qui durera près de quatre jours.

Malgré notre modeste carrière de diagonalistes et bien que nous n’ayons pas encore mémorisé le double étiquetage des pancartes, le parcours breton à un air de déjà vu.

Mais à ce petit jeu, je ne suis pas certain que le plus chevronné des diagonalistes saurait reconnaître le parcours du jour énoncé en langue celtique  et dans le désordre: Josilin - Baen Veur - Anast - Landerney - Karaez-Plougêr - Brest - Silieg - Pondivi - Gwipavaz - Ploermael - Gwipr - Sizun - Kastell-Briant.

Pour vous aider un peu, voici quelques indices : alors que le soleil est au zénith, nous rencontrons Gilbert Le Corre, notre premier sariste. Gilbert nous attend à la sortie d’une ville nommée un temps Napoléonville, puis Bourbonville avant de retrouver son nom actuel. Je vous laisse réfléchir, pendant que nous prenons le café invité par notre ami sariste …à quelques encablures de Pontivy.

Peu après Josselin, le trio devient quatuor lorsque Jean-Claude Salmon autre sariste nous rejoint. L’équipe ainsi constituée, composée pour moitié de Jean-Claude, roule jusqu’à Guipry. Là, nous franchissons la Vilaine et nous dégustons une crêpe à la saucisse que notre accompagnateur a tenu à nous offrir avant que nous nous séparions.

Encore quelques heures de route, coupées par une halte repas à Chateaubriant et nous arrivons à la nuit tombante à Candé, village désert, dans un hôtel où nous sommes les seuls occupants.


2° jour : Candé (49) – Saint Désiré (03) ; 327 km – 1270 m de dénivelée.

La journée débute tôt pour l’épicier de Candé.

Tandis qu’il prépare son étal, on répare nos pédales.

S'il est vrai que le commerçant est très matinal, l'histoire des pédales n'est qu'une invention, justifiée par la seule envie de commettre une rime calamiteuse !

Peu après Bécon les Granits nous retrouvons Jean Claude Chabirand, sariste à ses heures, heureux diagonaliste et eurodiagonaliste, venu à notre rencontre  pour nous aider à contourner Angers par Bouchemaine et la levée de Sainte Gemmes.

Ce chemin en bordure de l’Authion bordé par deux alignements d’arbres centenaires évoque pour nous le final des dernières 24 heures d’Angers, une randonnée cycliste au long cours pour laquelle Jean Claude et son équipe des randonneurs d’Anjou se dévouent depuis de nombreuses années.

Notre sariste nous quitte après avoir levé une belle poule…Décidément, je m’embrouille, je voulais dire « nous quitte sur la levée de la belle poule » sur la rive nord de la Loire. Encore une contrepèterie fâcheuse qu’il vaudrait mieux mettre à la « poule belle »… A moins que ce ne soit à la poubelle !

La Loire angevine vaut bien la Loire tourangelle pourtant si chère à notre coeur. Du haut de la levée, nous contemplons avec un réel bonheur ce paysage grandiose et paisible à la fois.

Vers Saint Clément des levées, Joël Lamy et Jean Philippe Bolmont, coéquipiers de notre club nous rejoignent ; avec eux nous vivons ce moment symbolique et fort d’une diagonale : le passage d’un grand fleuve français.

Aujourd’hui, c’est la Loire que nous franchissons par ce curieux pont cage de Montsoreau. L’enchevêtrement des poutrelles métalliques de l’ouvrage découpe avec un effet de kaléidoscope le fleuve royal en une mosaïque de losanges colorés où le sable alterne avec l’eau, la pierre de tuffeau avec la lumière d’un ciel d’été.

La ballade avec nos habituels compagnons de randonnée donne un air de parenthèse à la diagonale, tant le paysage et les lieux nous sont familiers : Candes Saint Martin et sa collégiale, les chemins bucoliques des bords de la Vienne et la bonne ville de Chinon. Toujours en devisant, nous progressons vers l’île Bouchard en traversant les vignobles dont nous connaissons la valeur pour en avoir si souvent goûté les fruits pressés et embouteillés.

En bonne compagnie la route paraît plus courte ; et c’est ainsi que nous nous retrouvons attablés à cinq dans un restaurant routier de la Celle saint Avant, alors que nos comparses avaient prévu de rebrousser chemin au moins vingt kilomètres plus tôt.

En début d’après midi, la reprise est plus laborieuse. Le vent que nous avions oublié dans notre pédalée à cinq semble plus présent lorsqu’il s’agit de contrer le trio. Mais on avance quand même en se faufilant par la vallée de la Creuse via Descartes puis celle de la Claise qui nous conduit vers le Grand Pressigny. Dans ce haut lieu de la préhistoire, les magdaléniens inventèrent avant l’heure le couteau « Opinel » en pierre, outil indispensable à l’activité cyclotouriste.

Au-delà de Preuilly sur Claise, nous quittons le pays de cocagne, notre Touraine, pour entrer dans le Berry. Ça s’annonce d’abord gentiment avec la Brenne toute plate et parsemée d’étangs. Puis ça se complique assez rapidement avec une interminable route au revêtement rugueux qui met à rude épreuve notre machine et notre carcasse.

Saint Gaultier ( j’ai peine à croire que ça existe1) est un saint de mauvaise augure car à partir de là nous aurons la vie dure. Finie la route pèpère, il faut maintenant affronter les interminables toboggans berrichons enfantés par des montagnes russes. Et ça monte et ça descend, et ça remonte et ça redescend encore. Et ça dure… et c’est dur !

Neuvy Saint Sépulcre, drôle de nom … Sans doute à cause de cette drôle d’église toute ronde au pied d’une redoutable côte, précédée elle-même par une côte et suivie par d’autres côtes !

Entre La Châtre et Châteaumeillant alors que nous prenons un peu de repos sur une aire d’arrêt, un retraité s’approche et engage la conversation. Les plaques de cadre l’intriguent, il veut connaître la nature de notre randonnée, le kilométrage journalier, le parcours et la durée du périple, nos conditions d’hébergement.

Ce soir, il sait que nous ne nous ne dormirons pas sous un pont mais dans un gîte à quelque distance de Culan. Le voilà rassuré, et pour témoigner l’intérêt qu’il porte à notre virée, l’ancien cyclotouriste, car c’en est un, veut nous offrir une bouteille de vin qu’il transportait dans sa voiture. Nous finirons par le persuader de la boire à notre santé…

Enfin, à la nuit tombée nous arrivons à Saint Désiré, la bien nommée, dans un gîte où mes deux compagnons ont déjà séjourné.

Jean-Claude, alias « Clemenceau » a été baptisé ainsi lors de son précédent passage par la maîtresse des lieux séduite par ses moustaches et son allure de vainqueur.

L’auguste personnage est reçu avec tous les égards dus à son rang et la suite présidentielle est accueillie avec la même bienveillance. 

- Que dis tu Jean Claude ? Auguste …. Non, je ne t’ai pas traité de clown, éteins la lumière et dors, car demain nous pédalerons.


3° jour : Saint Désiré (03) – Bourg Argental (42) ; 271 km – 2725 m de dénivelée.

Le lever du jour sur la campagne laisse entrevoir le menu de la matinée : entre nous et l’horizon : au premier plan … des bosses, au second plan … des bosses et derrière les bosses… encore des bosses.

Un peu plus tard, quelque part entre Cosnes d’Allier et Saint Pourçain sur Sioule, le dernier sariste de notre périple nous rejoint. Michel Mevel s’excuse d’être venu motorisé à notre rencontre pour cause de départ imminent sur Bordeaux-Paris.

Après Cusset atteint vers midi, nous nous faufilons sous les ombrages de la plaisante vallée du Sichon. La route en faux plat montant, se plaque sur le cours capricieux du ruisseau qui sautille de rocher en rocher sous une voûte d’arbres.

Nous apprécions la relative fraîcheur des lieux pour le pique nique de la mi-journée.

Au-delà d’Aronnes la route se cabre pour partir à l’assaut du col du beau Louis. Bien que la pente et le dénivelé soient modestes (470 m sur 17 km) l’ascension nous semble plus difficile qu’elle ne devrait l’être, mais la chaleur, les quelques 800 km déjà parcourus et l’accumulation des bosses commencent à nous peser.

Heureusement, on finit par basculer et c’est par une longue descente que nous nous portons vers Saint Priest la Prugne, puis Saint Just en Chevalet.

Nous retrouvons une route tranquille déjà empruntée lors d’une flèche pascale, qui nous mène vers Saint Germain Laval jusqu’à Saint Just -Saint Rambert par la plaine du Forez.

Pour la seconde fois de notre périple nous traversons la Loire.

A Saint Genest Lerpt, dans la banlieue de Saint Etienne, la technologie doit normalement nous guider sans l’ombre d’une hésitation vers le Rond point Véloccio, au pied du col de la République.

Mais cette fois, l’objet se montre récalcitrant. Il peine à détecter de temps à autre deux ou trois satellites, puis pas vraiment décidé à travailler, il se tait… Gégépéesse est en grève !

Dépourvus de boussole et de sextant, avec une carte insuffisamment détaillée nous revenons à une méthode éprouvée : questionner le quidam de passage.

Ainsi renseignés, nous nous embarquons pour une visite des zones industrielles et commerciales des hauteurs de Saint Etienne avant d’arriver dans un quartier aux immeubles délabrés.

Histoire de se défouler, les excités du vendredi soir font crisser les pneus.

Heureusement, la ville oppressante à la nuit tombante disparaît au bout de quelques virages alors que nous nous élevons tant bien que mal sur la partie la plus difficile du col, la montée vers Planfroy.

Au-delà, la pente, atténuée par la nuit, paraît plus douce. Chacun monte à son rythme à faible distance les uns des autres.

Au passage de la République j’apprécie le nom facétieux apposé sur l’école communale « l’École de la République ». Ainsi dans ce hameau perdu au milieu des sapins, les écoliers du lieu encore candides peuvent croire que des politiciens sérieux sont parfois prêts à s’écharper pour leur modeste école dans le grand cirque des médias.

Nous atteignons enfin le Col du grand Bois 2. Nous souhaitons un rapide bonsoir à Monsieur. Veloccio et, à peine enfilées manchettes et jambières, nous dévalons vers Bourg Argental distant d’une douzaine de kilomètres.

Lors de la descente, à la seule lueur de nos éclairages, les mains endolories à force de freiner, je ne peux m’empêcher de penser au coté incongru de notre équipée : descendre un col à tombeau ouvert la nuit n’est ni ordinaire, ni raisonnable. A plus forte raison lorsque l’un des cyclistes est septuagénaire !

J’en conclus que la passion l’emporte toujours sur la raison et c’est tant mieux ainsi.



4° jour : Bourg Argental  (42) – Volonne (04) ; 249 km – 1515 m de dénivelée

La journée commence par une longue glissade de près de 25 km vers la vallée du Rhône. La route est si facile que par moment, il nous arrive de prendre en chasse un cycliste parti pour sa virée hebdomadaire. Même si le chassé ignore tout du chasseur, lui coller au train à une allure soutenue, après quelques 1000 km au compteur est à la fois rassurant et jouissif.

Quand de surcroît le soleil vous accompagne et que le vent est portant, le diagonaliste se croit alors capable d’aller au bout du monde. Après tout, ça ne fait de mal à personne et c’est bon pour le moral.

Lors de la halte à Tournon, nous évoquons la progression de Christian dont Francis et Jean-Claude sont régulièrement informés par téléphone. Entreprendre un tel périple en solitaire, nécessite un mental d’acier surtout lorsque la mécanique humaine se montre récalcitrante. Il faut oser entreprendre Tours-Brest en une seule traite et beaucoup de courage pour repartir après avoir retrouvé le temps d’une courte halte le confort de la maison. Chapeau bas !

Autre temps fort du voyage, la traversée du Rhône à hauteur de l’Étoile.

Toujours à bonne allure sur un parcours roulant et a peine chahuté, nous rejoignons Crest pour entreprendre la remontée de la Drôme.

Dans les lointains, se profilent déjà les reliefs du Diois, mais à chaque fois où la vallée semble se refermer, un passage apparaît sur la petite route qui louvoie entre champs de lavande et vergers.

Nous pointons à la cave coopérative de Dié. Là un cycliste devenu pour un temps touriste se renseigne sur notre périple ; les plaques de cadre suscitent toujours autant d’intérêt et nous ne manquons jamais de nous comporter en prosélyte pour agrandir autant que faire se peut la famille des diagonalistes.

La conversation va bon train, et lorsque le cyclo découvre tout à coup mes sandales, il s’exclame : « Bon dieu, mais c’est l‘abbé Pierre ! ». Nous rions.

A Luc en Diois nous faisons halte sur la place du village pour remplir nos bidons avec l’eau fraîche qui coule d’une fontaine de pierre. L’eau limpide réveille nos instincts de gamins : Francis et Jean-Claude s’aspergent gentiment tandis que je me trempe telle une naïade (de 85 kg tout de même) à l’eau de la claire fontaine.

A la sortie du bourg, la route s’élève et tournoie autour d’un étonnant chaos rocheux « Le Claps » qui s’est détaché de la montagne quelques siècles plus tôt en formant un lac.

Pour compléter ce décor si inattendu, un viaduc ferroviaire en sortie d’un tunnel barre le paysage où s’amoncellent les blocs gigantesques.

De peur d’être transformés en sujets de plomb, nous redoublons d’ardeur pour nous soustraire à une soudaine envie du maquettiste de parfaire son œuvre…

Pour mériter le repos, il nous faut d’abord gravir le col de Cabres, par une route escarpée, ombragée de ci de là par des pins.

Après avoir passé le col, la route s’annonce facile, en descente quasi continue jusqu’à Sisteron

Mais ce soir là, l’espoir d’une longue nuit de repos est soudain brisé par l’orage qui se déchaîne quelque part vers Eyguians. Réfugiés d’abord sous un arbre pour bâcher alors que nous sommes déjà trempés, nous décidons de poursuivre sous la pluie battante pour trouver un véritable abri.

Pour échapper à la pluie si forte qu’on croirait des grêlons, nous décidons de rejoindre un restaurant ouvert sept jours sur sept à la sortie de Laragnes Montéglin. Mais cette publicité mensongère nous vaut d’attendre la fin de l’orage sous l’auvent d’un petit centre commercial.

Profitant d’une accalmie nous poursuivons jusqu’à Mison où nous trouvons refuge dans un restaurant. Pendant le repas l’orage se calme enfin et nous constatons en rejoignant Sisteron que la vallée de la Durance a échappé à l’orage. Quelques kilomètres de plus auraient suffi pour que nous dormions enfin une longue nuit

Mais à Volonne, notre hôtesse d’un soir devra nous attendre jusqu’à 23 heures.


5° jour : Volonne (04) - Menton ; 205 km – 1380 m de dénivelée

« Diagonaliser » nous donne l'occasion de nous rapprocher de la nature et d'observer le monde animal. Si nous connaissons bien sûr le hérisson kamikaze, toujours prêt à sacrifier ses piquants et sa vie pour s'attaquer aux pneus, nous ignorions jusqu'à ce jour le tempérament intrépide des escargots.

Vers Malijaï, les petits gris assurés que la roulette russe est moins risquée à six heures du matin et persuadés que l'herbe est plus verte de l'autre coté de la route n'hésitent pas à tenter la folle traversée de la route Napoléon.

Nous quittons la vallée de la Bléone vers la Chaffaut Saint Jurson pour rejoindre Chateauredon et Barrème par une vallée sauvage ou par endroits le vent violent s'engouffre entre les falaises.

A Barrême, alors que je fais un sort à deux parts de pissaladière encore chaude, nous prenons des nouvelles de Christian. Pour aiguiser notre curiosité, il nous dit avoir laissé un présent comestible au pied de la pancarte du col de Robine.

Promesse tenue, au sommet du col, nous trouvons le melon blanc que Christian a laissé la veille au soir, la voracité du cyclotouriste a finalement raison de ce cucurbitacée à fort goût de courge.

La route Napoléon nous conduit jusqu’à Saint André des alpes où nous découvrons les eaux turquoises du lac de Castilon que nous longerons un moment avant d'entreprendre l'ascension du col de Toutes Aures.

Jean Claude qui souffre de la tamponite3 parvient à nous détourner jusqu’à Annot pour recueillir le précieux sésame.

Ce dernier jour de randonnée se passe dans des paysages d’une beauté saisissante de roches ravinées par l’érosion, de défilés étroits qui laissent à peine le passage de la route et de la rivière.

Chaque virage révèle une curiosité : la roche percée dans laquelle la route se faufile, le mystérieux pont de de la Reine Jeanne dont l’unique arche ne semble avoir été posée ici que pour rehausser la beauté du site ou Entrevaux village fortifié dressé sur un éperon rocheux ceinturé par le Var .

Après Puget Theniers, halte de la mi-journée, la vallée du Var s’élargit. Pour approcher Nice, nous devons maintenant nous jeter dans l’enfer automobile d’une route à deux fois deux voies qui emprunte de longs tunnels. Le bruit et la semi obscurité amplifient encore plus le sentiment d’insécurité.

Alors que nous hésitons sur la direction à prendre à l’entrée de Nice, mon épouse de retour d’excursion à Antibes, nous aperçoit et nous fait signe. Qu’elle soit à Nice ne me surprend pas. Il était prévu qu’elle profite de la diagonale pour rendre visite à son frère qui y réside. Mais qu’un tel hasard fasse que nous nous rencontrions est pour le moins surprenant !

Décidément, elle me piste…

Mon beau frère s’arrête et nous guide un moment sur une grande artère niçoise pour nous permettre d’échapper à la pagaille du triathlon qui rassemble une foule considérable.

Nous nous étions pourtant juré de l’éviter. Mais quand Francis veut, Francis fait … et avec lui nous bifurquons vers le bord de mer.

Sur la Promenade des anglais, les derniers compétiteurs à vélo arrivent et repartent aussitôt dans l’autre sens pour l’épreuve de course à pied. Nous parvenons à nous mélanger aux triathlètes et bientôt protégés par des barrières métalliques, derrière laquelle une foule massée nous encourage, nous franchissons la ligne d’arrivée.

En anglais, une dame nous intime l’ordre de ranger nos vélos, mais lorsque nous lui indiquons que notre but est Menton, le service d’ordre nous ouvre une barrière. Bien que nous n’ayons pas de dossards, et un accoutrement curieux pour des triathlètes d’occasion nous avons droit aux encouragements du public impressionné par la plaque Brest-Menton.

Francis est heureux de son coup et nous aussi, il faut bien le dire.

La montée vers Eze par la moyenne corniche n’est maintenant qu’une simple formalité. Elle offre en prime des vues extraordinaires vers les villes de la côte

Jean-Claude fait une rechute de tamponite à la Turbie. Il profite de l'arrêt pour nous offrir une dernière bière et fêter la réussite imminente de la seconde diagonale réalisée avec le même trio.

A notre arrivée au commissariat de Menton, nous sommes accueillis par Christian Raineau et un ami de Francis et alors que nous évoquons quelques moments de notre périple, je réalise qu'il faudra maintenant les ranger à la case des souvenirs heureux.

Brest- Menton, c'est fini. Dommage ! Nous commencions à nous habituer à pédaler.



Gérard Gauthier

Diagonale n° 10 - 155 du 23 au 26 Juin 2010


1 Le rédacteur se nomme Gauthier

2 Autre nom du col de la République (1161m)

Au sommet de ce col se trouve une stèle dédiée à Paul de Vivies , plus connu sous le nom de Vélocio, pape du cyclotourisme à l'origine des « Diagonales de France »

3 Cette maladie frappe les cyclotouristes. Les symptômes se manifestent par le besoin de se détourner vers un lieu répertorié par les adeptes du brevet des provinces françaises. Le remède : un coup de tampon authentifiant le détour permet de calmer temporairement le malade jusqu’à la prochaine crise. Les effets secondaires sont néanmoins bénéfiques car le malade peut retrouver une ardeur de pédalage insoupçonnable.

6