Dunquerque – Perpignan : Le pourquoi du comment…….

 

 

 

Chaque diagonale doit obligatoirement donner lieu à un compte rendu pour obtenir son homologation. Plutôt que de raconter par le menu chaque journée je préfère évoquer des sensations ressenties au fil des jours.

 

Que dire de cette diagonale, de toute diagonale ?

 

Pour un non initié, il est difficile de comprendre ce qui pousse un cyclotouriste à rechercher la difficulté, voire la souffrance pour vivre l’exaltant.

Initialement j’avais envisagé d’intituler mon récit « Souffrance et PLAISIR ». Mais le 3ème jour, affrontant Éole sur les plateaux vellaves, je repensais à l’expression de Marc HEHN (délégué fédéral FFCT) « Aller à la va comme le vent te pousse… et là ça ne rigole pas toujours…. » . Je me suis dit alors que Marc m’avait porté la poisse, le plaisir ayant de beaucoup laissé la place à la souffrance.

 

Avec la préparation de l’itinéraire, la constitution du dossier, la recherche d’un matériel adapté, le cyclotouriste est dans le rêve.

Vient ensuite la préparation physique,  avant le stress des derniers jours.

Enfin, sonne l’heure du départ, quelle  que soit la météo. Dès le premier coup de pédale on est à la recherche de ses sensations, à l’écoute de son corps. Au fil des kilomètres, défilent des questions pouvant même devenir obsédantes :

 

Tiendra t’on le coup ? Les muscles des cuisses fonctionneront-ils jusqu’au bout ?

¬ Les crispations des cervicales resteront elles supportables ?

¬ La météo (favorable ou défavorable) va t’elle changer ?

¬ Les horaires prévus seront-ils respectés : on compte sur la chance d’avoir un

 vent favorable et on évite de penser à la malchance d’une crevaison, d’une fringale, voire pire, d’une chute ou d’une casse contraignant à l’abandon.

 

Les muscles travaillent, et la tête ?

 

A quoi pense t’on, pendant les 15 – 16 – 17 heures de selle quotidiennes (4h è 21h) ?

Pour répondre à des camarades qui pensent ne pas pouvoir pédaler en solitaire sur de longues distances, j’affirme que vraiment je ne m’ennuie pas pendant ces longues heures de pédalée.

 

Lorsque les conditions de circulation sont difficiles et dangereuses, il est impératif de rester concentré sur sa trajectoire, sans écart et le plus près possible du bord de la route.

Mais sur les petites routes de campagne c’est le régal : on observe l’habitat, la flore, les cultures. Le colza picard encore bien en fleurs, ou les lentilles tout juste levées, me font penser à mon "ami paysan".

Dans la région d’Amiens, les grands champs de pommes de terre me remémorent les camarades ucétistes (Jean Jacques K, Claude M, Michel V, Jean Paul B) qui échangent régulièrement sur l’avancée de leur potager au cours de nos sorties club.

Sans cesse les idées trottent, soutenues par les noms des lieux dits traversés et souvent très évocateurs : la Belle Hôtesse, le Bon Air, le Hasard, la Belle Vue, le Paradis…

 

Mon équipement attire la curiosité, voire l’intérêt. Aux arrêts rares et forcément courts, il faut parfois stopper la conversation pour rester dans les délais.

Je porte toujours, accroché à mon casque, un nounours-mascotte trouvé il y a une dizaine d’années sur une route du Sud. Il m’attire parfois des réflexions. Ainsi une adolescente crie par la fenêtre d’une voiture : « Quel âge avez-vous Monsieur ? »

 

Mes surprises !

 

Traverser la France en quatre  jours a quelque chose d’extraordinaire, avec des moments magiques, telle ma rencontre aux environs de Doullens avec Brigitte LEGRAND qui m’offre une part de tarte maison à la rhubarbe et roule à mes côtés pendant une vingtaine de kilomètres. Merci Brigitte !!!

Impossible d’oublier, à la nuit tombante, les acacias en fleur embaumant l’atmosphère des bords de l’Allier du côté d’Apremont, pas plus que je n’oublierai le jaune des genêts et le blanc des champs de narcisses, au soleil couchant dans les Cévennes près de La Bastide Puylaurent

J’étais alors à la Grande Halte, espérant rencontrer l’Ucétiste Jean Jacques Kersalé, lui même sur les pas de Robert Louis Stevenson.

 

En conclusion.

 

Ma Tata de Thouars (88 ans) me dit que je me drogue au vélo ajoutant que « c’est mieux que d’aller au bar ! ». Pendant ce temps là, ma maman (85 ans) prie.

Une diagonale, c’est personnel et difficile à raconter. Il faut la vivre et en avoir vécu pour imaginer toutes ces rencontres fugitives mais ineffaçables.

 

Si vous le pouvez, laissez vous tenter par l’aventure. La meilleure période (mi juin) nécessite environ 5000 km de préparation pour être à l’aise. Vous ferez le plein d’images et de  souvenirs variés et personnels.

 

 

PS : Quatre semaines après cette diagonale, j’ai effectué  Dunkerque – Menton en équipe (3)

La présence de compagnons est rassurante la nuit, en cas de panne ou de « coup de pompe »…mais l’état d’esprit est différent.

Il ne faut surtout plus raisonner en solitaire mais en coéquipier. Partis ensemble, il faut rouler ensemble et arriver ensemble. Certes il existe des contraintes mais reste la satisfaction des souffrances et des plaisirs partagés.

 

 A l’approche de Montpellier

 

                                                                                                                                                                                Christian Raineau

                                                                                                                                                                     Diagonale Dunkerque-Perpignan 2009