Strasbourg – Perpignan :

Merci petit oiseau

 

 

 

Nationale 9. Perpignan est proche. Je  franchis L’Agly et m’engage sur le chemin des Hourtoulanes. Jusque là tout va bien même si l’orage devient de plus en plus menaçant.  Le chemin du Belvédère est bien indiqué. Toutefois un panneau «  impasse » m’inquiète. Qu’à cela ne tienne je me lance puisque c’est l’un des trois parcours préconisé sur le site des diagonalistes pour entrer dans la ville catalane. Mais très vite je déchante. Je bute sur des blocs en béton et un terrain vague. Le chemin du Belvédère est bel et bien un cul de sac. Impossible d’aller plus loin pour rejoindre l’avenue du Languedoc. Je rebrousse chemin et prend la direction de Rivesaltes à défaut de Pia. Un Perpignanais ou un Rivesaltais - je ne sais puisque je ne sais pas où je suis -,  me… réconforte : «  Entrer dans Perpignan à vélo c’est quasiment impossible avec toutes ces voies rapides interdites aux cycles. » Mais pourquoi après  Salses-le-Château ne suis-je pas passer par Bompas comme lors de la diagonale Dunkerque-Perpignan ? Je me le demande encore. Certes ma marge de sécurité pour terminer dans les délais est confortable mais quand même, je voudrais bien en terminer au plus vite. Fort des indications obtenues, j’emprunte au premier rond point un chemin de terre, passe sous une voie ferrée, continue sur un chemin que l’orage transforme en bourbier. Arrivé à une fourche, je joue mon sort à pile ou face. Je prends à gauche, arrive par hasard sur le bitume de la D 117, vois enfin l’aéroport après plusieurs kilomètres sous le déluge. Perpignan qui depuis plus d’une heure se dérobe est devant moi. Je franchis l’A9, laisse sur ma droite l’accès à la voie rapide vers le centre-ville et suis l’indication « Hôpital ». Quelques hectomètres plus loin comme par miracle surgit le panneau « Perpignan » doublé de «  Perpinyà ». Ouf, Je suis sauvé mais pas des eaux qui m’ont trempé jusqu’aux os.

 

Je ne vais pas me plaindre car depuis Strasbourg, le vendredi 30 juillet à 14 h 30, la pluie m’a épargné. Au contraire, j’ai eu à subir la chaleur dans la plaine d’Alsace et la vallée du Rhône. Le dimanche entre Vienne et Remoulins, le  mercure flirtait avec les 37 degrés. Le vent hostile et la chasse à la canette eurent pour résultat de faire fondre comme neige au soleil l’avance engrangée par la première nuit passée sur le vélo qui me permettait d’atteindre Le Pont-de-Chéruy le samedi soir. Aussi, le lundi, je programmais un départ à 2 heures du matin de Remoulins au lieu de 4 heures afin d’assurer d’autant que la veille la météo prévoyaient des orages et un vent contraire. L’hôtellier y allait même de son petit couplet : « Vous allez en plein dedans. » Mais météorologue et aubergiste même combat dans la fiabilité des prévisions car exit le mauvais temps excepté quelques gouttes du côté de Mèze. Même le vent avait tourné casaque dans la nuit me facilitant la tâche jusqu’à Perpignan.

 

A la sortie du commissariat, je ne pouvais pas m’empêcher de penser au moineau qui s’était oublié sur mon maillot alors que je me préparais sous les marronniers face à l’hôtel de police de Strasbourg. Je l’aurai bien plumé le piaf mais la sariste Jocelyne Hinzelin, venue m’encourager au départ, a vu  dans ce largage intempestif de fiente un heureux présage. Alors merci petit oiseau, j’ai pu enfin tordre le cou à cette diagonale qui, par le passé, m’a fait un pied de nez à deux reprises.

 

Daniel Schoos

Diagonale 10215 - 2010

Première nuit sur le vélo avec contrôle photographique au passage de Morteau dans le Doubs.